Inspiration

sergio topi

«To my father, who used yo sit, hour after hour, night after night, outside our house in Africa, watching the stars. ‘Well,’ he would say, ‘if we blow ourselves up, there’s plenty more where we came from!’ »
(A mon père, qui avait l’habitude de s’asseoir, pendant des heures toutes les nuits devant notre maison en Afrique, pour regarder les étoiles. ‘Et bien’, disait-il, ‘si nous nous anéantissons tous, il y en a encore plein là d’où nous venons!’ )

Voici la dédicace avec laquelle Doris Lessing démarre sa série Canopus on Argos: Archives.
Lessing est une visionnaire avec laquelle je me sens en profonde affinité. Dans ces cinq volumes, la romancière sud-africaine, dont c’est la première incursion dans le genre de la science-fiction (terme peu adapté ici à vrai dire), nous emmène sur des mondes peuplés d’humains vivant d’autres étapes d’évolution que la nôtre. Une lecture plus que passionnante, éblouissante; elle déclenche des ouvertures de conscience sur le potentiel de notre espèce.

Voici un des passages qui m’ont sauté aux yeux dans le deuxième volume (traduit par mes soins):

« (…) si elle était enceinte, il était dans le juste ordre des choses et même requis, prescrit, qu’elle se permette d’être imprégnée et nourrie par la qualité d’être particulière de cet homme, afin que l’enfant reçoive ses essences, qu’il entende ses paroles et soit nourri. Chaque fois qu’elle avait été enceinte par le passé — ce qui était survenu après quel soin, quelle réflexion, et quelle série de choix patients et soigneux! — elle avait, aussitôt qu’il n’y avait plus de doute, choisi comme influences bénéfices pour l’enfant, plusieurs hommes qui, sachant pour quelle raison ils avaient été choisis, et dans quel but, coopéraient avec elle dans cet acte de bénir et d’honorer le fœtus. Ces hommes avaient une place toute spéciale dans son cœur et dans les annales de sa Zone. Ils étaient les Pères des enfants, autant que les Pères-Génétiques. Chaque enfant de la Zone avait ainsi des Pères d’Esprit choisis avec soin, qui étaient autant responsables de lui que les Pères Génétiques. Ces hommes formaient un groupe qui, avec la Mère Génétique, et les femmes qui s’occupaient de l’enfant, se considéraient comme des co-parents, à jamais disponible pour l’enfant, quand on avait besoin d’eux, à la fois collectivement et individuellement.»

Je pourrais dire: cela me fait rêver, mais ce que mon esprit crie, c’est plutôt: «Maison !», et je ne pense pas être la seule…

Devenir

noah angels falling2

Au début du film Noé de Darren Aronovsky, une scène m’a spécialement marquée (le reste du film, moins).

Noé enfant, cueille des plantes avec son père Lamech. Le soin qui est pris est touchant: on sent un respect profond pour la terre et le vivant.
Soudain, Lamech aperçoit des silhouettes qui se dirigent vers eux.
«Des hommes.» prévient-t-il, préoccupé.
Accoutrés de peaux de bêtes, les armes à la main, les arrivants avancent vers eux, menaçants.

D’un geste il envoie son fils se cacher pendant qu’il se lève pour leur faire face.

C’est tout simple, mais en une réplique, tellement de choses ont dites.
« Des hommes. », alors que, d’après ce que nous avons vu, Noé et son père avaient tout l’air d’en être également…

Dans le film « Gardiens de la Terre », de Rolf et Renata Winters, auquel j’ai eu la joie de collaborer, Nowaten, le chamane qui tient le fil de la narration dit:
« (…) les grandes nations (…) étaient des peuples hautement spirituels. Pas comme nous. Nous sommes ordinaires. Notre esprit aurait probablement une couleur bleue, alors que celui des êtres hautement spirituels est totalement blanche.»

Cela éveille en moi à la fois l’humilité et une grande aspiration. Il est de plus en plus clair que ce qui veut s’exprimer à travers moi est le souvenir de ce que nous étions, que je prends également comme une invitation à ce que nous pouvons devenir.

Dépassée

planete

Aujourd’hui, je suis dépassée par la beauté de ce qui me traverse.

Je relis ce que j’ai fait récemment, et qui s’ajoute à ces dizaines de pages éparses qui sont autant de pièces d’un puzzle que je n’arrive pas encore à rassembler. Sans vouloir être narcissique, la beauté contenue dans chacune me coupe le souffle. Tout cela semble trop merveilleux pour ce canal que je suis aujourd’hui, et trop grand pour ma capacité de synthèse. Je me sens comme un entonnoir au goulot trop étroit, au débit trop lent. Serait-ce la peur que cet univers s’empare tellement de moi que j’en oublierais les nécessités vitales ? A moins que ce ne soit la peur de m’engager vraiment ?

J’ai été interviewée dimanche pour un documentaire sur les utopistes en train de concrétiser leurs rêves. A la fin, la réalisatrice m’a demandée d’exprimer un besoin. J’ai hésité à dire : assez d’argent pour écrire sans me soucier de ma survie. Bien que cela soit bien actuel, j’en ai finalement exprimé un autre: un coach d’écriture. Quelqu’un qui m’épaule, me soutienne, me conseille et à qui je rende des comptes. Quelqu’un à qui je pourrai donner tout ce que j’ai écrit jusqu’à présent et qui m’aide à les positionner sur une grande carte pour voir clairement ce qui va avec quoi, si un fil narratif émerge, ce qui mérite d’être une autre histoire, car j’ai peut-être tout bonnement trop de matière !

La demande est envoyée…

Puissance de la lumière

Le café en bas de chez moi est un refuge pour écrire plus réconfortant que ma chambre après les événements de ce mois de novembre. Un élan de tendresse pour le barman me donne les larmes aux yeux. Je suis à fleur de coeur.

Est-ce le moment de parler du côté obscur ? Je n’ai pas vraiment défini d’antagoniste dans mon histoire, ou du moins, pas d’antagoniste extérieur. Et voilà que moi, qui suis plus habituée à me confronter aux ombres qui m’habitent, je vois l’ombre se manifester avec force et fracas dans mon univers. Nous étions bien à l’abri dans nos petites bulles jusqu’à présent. Des bulles qui laissaient à peine entrer la misère du monde, il faut le dire.

Mais l’inspiration m’entraîne ailleurs. Ou peut-être pas.

C’est la musique de Sunshine de Danny Boyle, qui fait monter l’envie d’écrire. Elle éveille le sentiment d’émerveillement mêlée de frayeur (awe en anglais) que l’on peut laisser monter face à la toute puissance de notre astre.
Et si la remontée de la lumière sur notre monde se faisait avec une telle majesté ? Tel un amour implacable qui ne laisse rien intact sur le chemin de ses rayons ? Surtout pas nos petitesses. Imaginons que seule notre grandeur peut tenir bon dans ce déferlement de lumière. Qui serons-nous dans cet aube inéluctable ?..

Dilemme

frontière

Je n’arrive pas encore à voir exactement dans quel état sera la Terre où je déroule mon histoire.
L’étendue des dégâts que nous avons causés, que nous continuons de causer avec un aveuglement fou, ne peut pas se résorber d’un coup (quoique…). L’humanité ne se réveille pas tout d’un bloc (quoique…). Je veux raconter un monde où la dualité, le besoin de créer des ennemis, des gens à accuser, est en train de s’effacer. Il y a une infinité de façons de le faire, tout comme il y aurait une infinité de dosages possible entre l’ancien et le nouveau, le yin et le yang… Non ce que je veut vraiment dire c’est: entre l’huile et le vinaigre !

Pourquoi donc l’image qui me vient est-elle cette métaphore culinaire ??…

Je vois. Je dois encore avoir une vision duelle moi-même pour n’envisager que des liquides qu’on ne peut mélanger. Mais, comme le montre cette image, ce qui est intéressant, là où il y a de l’action, et là où l’action est possible, c’est justement ce qui se passe à la frontière entre l’ombre et la lumière. Et cela fait plusieurs signes que mon personnage m’envoie pour me dire que lui est, justement, cette mixture qui se cherche.

Pas le choix, il faut plonger à l’endroit de cette rencontre.

Le génie: Tu écris, oui ?

Bulles de pleine lune

lune baleine bulles

Tout à fait mon état de ce soir, veille de pleine lune. J’attrape des bulles d’inspiration qui descendent doucement jusqu’à moi. C’est un de mes talents, d’être à l’écoute de ces perles qui contiennent une scène, un visage, un mot-clef… Je nourris ce processus par la musique et les images. Egalement par du vagabondage en ligne, qui soudain fait apparaître un mot en sur-brillance et qui m’ouvre une porte. Tout à l’heure, le titre du morceau dans mes écouteurs était The Pilgrim Road… Soudain les lieux sacrés se dessinent, leur énergie qui pénètre les cellules de vibrations savoureuses et mystérieuses. Et mon personnage principal me souffle son affinité / mon affinité avec ces parcours où les pieds sont guidés par autre chose, où la curiosité est la seule boussole.

Comment amener ces bulles éparses en une histoire sur la page ? J’ai l’impression que l’on me transmets la bible d’une série TV sans les scripts !
Mon souvenir sait pourtant que je sais écrire des scènes, que les phrases peuvent se dérouler comme des volutes qui m’emmènent à leur suite. Le processus alors n’est plus tant une cueillette rêveuse qu’une canalisation qui passe de mes épaules à mon coeur et jusqu’à mes mains, comme si les mots se glissaient dans mes veines pour arriver au clavier. Parfois mes bras s’élèvent et dansent car il y a trop de délice qui circule.
Je cherche sans doute trop à comprendre, à savoir « comment faire ».

Les personnages, eux, sont clairement en train de descendre dans la matière: je les sens presque à mes côtés. L’on me chuchote: Suis leur regard. Ils vont te raconter leur monde…

Présences

montagne

Je parlais de révérence dans mon précédent article. C’est un mot qui j’aime beaucoup. Il me parle de ce qui se lève en moi quand je suis subjuguée par la beauté de la nature, de cette intuition poétique qu’il existe une conscience bienveillante derrière les paysages, les éléments, les rivières et les montagnes. Une intelligence finalement (revoilà ce mot), et qui gouverne aussi nos battements de coeur, le renouvellement incessant de nos cellules. J’imagine le grand lâcher-prise comme l’acceptation sans retenue de cette évidence que nous nous forçons d’oublier pour nous rassurer.

Je me plaît à penser que cette révérence spontanée nous a fait créer les dieux, personnifier les éléments, et que la dévotion que nous leur portions aux temps de nos Edens était une manière de donner corps à ce trop plein d’émerveillement qui veut sortir de nous. Je crois en un univers fait d’amour et, quoi d’étonnant alors à ce que ces présences se manifestent en retour, instaurant un dialogue entre les enfants de la création, juste pour le plaisir d’explorer la dualité sous toutes ses formes ?

Adolescents, nous explorons les excès, dénigrons les plaisirs simples pour leur préférer la satisfaction de notre besoin d’appartenance ou d’expression. Adultes, nos sens s’ouvrent de nouveau à la beauté de la fleur qui s’ouvre, au vol d’étourneau. Peut-être sur le même modèle de progression, notre espèce est-elle en train de grandir, de se reconnecter à l’intelligence des choses.
Renaissance de la féérie.

Intelligences

guepard

Un point d’évolution crucial pour les êtres humains est à mon sens la reconnaissance et la révérence de l’intelligence animale.

Ces facultés mystérieuses qui permettent aux grues de savoir à quel moment migrer selon l’intensité de l’hiver à venir, aux baleines de maintenir leur trajectoire sans dériver, aux chiens de détecter les nôtres atteints de cancers, aux chats et aux hiboux de voir l’au-delà, ou encore le registre émotionnel des orques, bien plus étendu que le notre, la créativité des dauphins…

Comment pouvons nous espérer dialoguer avec des races évoluées venant d’autres planètes si nous considérons encore nos frères et soeurs terrestres avec dédain ? Comment découvrir les pouvoirs de notre propre espèce dans une telle hiérarchie des règnes ?

Heureusement, tout cela évolue déjà. Beaucoup.

Cache-cache

femme plume cachee

Je constate le délicat équilibre à trouver entre ce que je révèle et ce que je garde pour moi.

J’ai démarré ce blog parce que le désir de partager ce qui m’habite était tellement grand que je ne pouvais pas attendre la fin de l’écriture d’un ouvrage publiable pour le lancer dans le monde.
Quatre ans que le monde et le protagoniste de cette histoire sont venus me rendre visite et j’ai toujours comme un gouvernail la page que j’ai écrite à ce moment là, très vite, comme emportée par une vague qui m’a laissée sur la dernière ligne avec un gigantesque: Et après ?
Des visites successives du génie de ce récit m’ont apporté des scènes éparpillées. J’ai vu surgir d’autres personnages, été émue souvent, mais ces morceaux épars ne faisaient pas encore une histoire. Je ne voulais pas les partager par crainte de voir le ballon de mon inspiration se dégonfler. Les documents se sont donc empilés sur mes disques durs (avec un vrai problème de nomenclature !). Toute cette matière accumulée a commencé à frustrer une part de moi qui veut aboutir à une forme d’écrit identifiable par les autres (le public, un éditeur, un producteur…).

Et enfin, cet été, un moment magique. Devant une toute petite assemblée que j’avais fait danser, après un partage créatif, l’impulsion est venue de leur lire cette toute première page écrite, que j’avais appelée: « Laissez-moi vous raconter ».
Dans l’obscurité d’une salle qui résonnait encore des offrandes musicales qui avaient précédé, la plume que le génie avait laissé tomber entre mes mains demandait à devenir graine-étincelle dans l’imaginaire de ces personnes choisies par une main invisible. Je sentais dans mon corps que cette lecture, loin d’affaiblir mon processus créatif, allait le nourrir et que les filaments de ce récit allaient prendre racine dans un terreau plus large que moi seule. Je remercie ces anges qui furent véritablement des portes ce soir là, et de leur retour ému.

Ce blog est un peu la continuité de ce soir enchanté. Il satisfait le désir d’épanchement de mon coeur trop plein de ces merveilles dans lesquelles je voyage. Encore faut-il que le partage soit juste.
Ainsi, une paire d’articles sont en attente, dans l’antichambre de leur exposé au monde. Je ne les ai pas postés aussitôt car leur sujet m’ont dit: Pas tout de suite. Garde moi encore un peu dans ton coeur. Et c’est vrai que leur présence en moi est un vrai délice. Je me plonge dans leur parfum et je peux rester les doigts suspendus au dessus du clavier un bon moment avant d’écrire. Parfois je ne commence même pas à taper, je me fais carrément un trip !
Alors, bien sûr j’obéis à cette voix et je fais confiance que le bon moment arrivera pour leur diffusion. Je le ressentirai. J’ai appris cela, cette confiance dans les signaux sans mots du corps.